Voilà la suite des perles de Pernette, que vous attendiez impatiemment, j’en suis sûr… Appréciez, dégustez, savourez,
croquez ses petits poèmes.
Si Pernette en retrouve quelques inédits, qu’elle m’en fasse part aussitôt – et je l’en remercie – pour que j’aie le plaisir d’en enrichir
ce florilège…
ROND'AILE
Vous me demandez un rondel
Et ne sais rien vous refuser!
Au sonnet, pour vous amuser,
Je ne puis donc rester fidèle.
Adieu le "dir", adieu le "del",
Bonjour, ma bonne plume usée :
Vous me demandez un rondel
Et ne sais rien vous refuser!
Craintive comme l'hirondelle,
La rime s'échappe, ou, rusée,
Reste tapie dans le Musée…
Mais soudain, quel est ce bruit d'aile ?
Vous me demandez un rond d’aile.
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VIGNY
Je ne suis ni Vigny, ni Ronsard, ni Racine :
Je suis une Muse prisonnière des rets
Hélas! du plus séduisant Prince des Marais
Qui, des yeux et des vers, me trouble et me fascine…
Or, je ne puis saisir la rime féminine ;
Je ne compte et n'enchaîne les pieds qu'à peu près…
Je ne suis ni Vigny, ni Ronsard, ni Racine :
Je suis une Muse prisonnière des rets
D'un Poète savant. Pourtant, j'ai l'âme fine,
Et qu'il me serait doux, d'écrire en quelques traits
Tendresse et sentiments, tous mes petits secrets,
Sans souci des voisins d'une lettre assassine !
Je ne suis ni Vigny, ni Ronsard, ni Racine :
Je ne suis qu'une Muse aux modestes attraits
Mais qui, pour son Malherbe, et travaille et peaufine
Triolets et rondels jusqu'aux moindres tirets !!!
Et si, tard dans la nuit, sur un mot je m'échine,
Tu souris doucement, mon Prince des Marais…
Plus d'humiliation, plus de honte ou regrets :
Je ne suis qu'une Muse… ou une Colombine…
Ne me demande pas d'être un jour Lamartine !!!
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CHAMPS
J'ai élargi les champs
Et rentré les données ;
Ce n'est pas bien méchant
Mais j’étais étonnée !!!
Que dira mon Verlaine
De ces villes, de ces noms ?
Nul doute qu'il ne retienne
Qu'erreurs et malfaçons !
Tant pis pour le râleur,
Plus n'écoute son chant !
Au manoir en une heure
J'ai élargi les champs !!!
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LUTÉNYL
J'imagine son air, et sa mine fâchée…
Si je crains son courroux, bien pire est sa rigueur!
Comprendra-t-il un jour l'angoisse et la pudeur
Qui muselent l'aveu, confidence cachée…
Non, il ne doit pas croire un seul instant gâchée
Notre complicité ; même s'il est Docteur,
Pour les mots trop secrets qui soudain me font peur,
Me reste le sonnet ; je me suis dépêchée.
Ainsi donc est la Femme, être bien compliqué,
Au cerveau si noueux, à l'estomac bloqué,
Qui tremble sans raison (?), et pleure dans la glace.
Je ne tairai plus rien, le rose ni le gris,
Son regard n'aura plus le tranchant de la glace
Car j'aime tant ses yeux, surtout s’ils me sourient !!!
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PETITE
Je me sens si petite
Quand je te vois,
Toute nue, interdite,
Dès que ta voix
Doucement me caresse
Comme un soupir…
Un fol émoi ne cesse
De m'envahir.
Je me sens si timide !
Ne souris pas
De ma paupière humide
Quand vient ton pas,
Quand je lis la patience
Dans ton regard
Et l'immense indulgence
A mon égard…
Je me sais ridicule
De tant t'aimer !
Mais quand mon coeur bascule,
Comment fermer
La faille où tu t'engouffres
Le jour, la nuit ?
Sais-tu comme je souffre
Seule et sans bruit ?
Je me sens si craintive
Dans tout mon corps,
Et peut-être fautive…
Mais quel remords
De ne pas m'élancer,
De ne pas t'enlacer,
De ne pas t'embrasser,
De ne pas m'embraser!
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