Vous avez déjà goûté, de-ci de-là, la poésie de notre Pernette, qui sait
à l’occasion « se lâcher », surtout avec un verre de Cointreau dans le nez…
Savourez alors ses petits délices :
COINTROP
J'ai un tendre penchant, inutile de nier :
Ce serai gros mensonge en la Sainte Semaine
D'affirmer le front haut et la mine sereine
Qu'il n'est pire potion qu'un doigt de Grand Marnier !
Mais comme chacun sait, d'alcool ne faut point trop,
Et je tremble de lire en certaine prunelle
Quelque rayon trop doux… Si un jour je chancelle,
Oserai-je accuser le flacon de Cointreau ?
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URBANYL
Elle a repris ce soir tristement le calame,
Ressorti l'écritoire et le vieux parchemin ;
Même si l'émotion fait vaciller sa main,
C'est le prix exigé pour être honnête femme.
Pleine d’amer dégoût pour l’attitude infâme
De ce monde stupide et jaloux ; elle craint
La solitude pour son unique destin.
Elle pleure, meurtrie au plus profond de l’âme.
Et puis en relevant timidement la tête,
Résignée à laisser passer cette tempête,
Pour attendre le jour où, magiques, les mots
Rejailliront soudain sans tourment et sans heurt,
Quand elle franchira le seuil de ce bureau…
Et son regard se perd dans le soleil qui meurt.
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SOUVENIR
J'aime le souvenir d’une bibliothèque,
Si chaude aux jours d'hiver, si douce aux soirs d'été ;
Nous y avons souri, bu et cité Sénèque…
J'aime le souvenir de ta bibliothèque,
Antre du policier ou de culture aztèque,
Livres discrets témoins de notre intimité.
J'aime le souvenir d’une bibliothèque,
Si chaude aux jours d'hiver, si douce aux soirs d'été…
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LYS
Dans le jardin la fleur de lys
S'épanouit au petit matin
L'aube a lavé son blanc satin
Et déplié son frais calice.
Par son parfum, troublant délice,
Elle a réjoui le gai lutin,
Dans le jardin la fleur de lys
S'épanouit au petit matin.
Mais pour qui donc soudain se glisse
Dans l'ombre du jour qui s'éteint
Le troubadour, vrai diablotin,
Qui vient cueillir avec malice
Dans le jardin la fleur de lys ?
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LE ROI DES ONDINS
C'est François qui hante ma nuit
Roi des Ondins, mon petit frère ;
Si je tressaille, entends un bruit,
C'est François qui hante ma nuit.
Sur une étoile ou dans un puits,
Je ne sais, maintenant il erre…
C'est François qui hante ma nuit,
Roi des Ondins, mon petit frère.
Pour échapper à quel ennui
A-t-il voulu quitter la terre ?
Par le néant il fut séduit,
Mon amoureux de Baudelaire.
Comme une guêpe il me poursuit,
Ce lourd secret qu'il a dû taire.
François hante toujours ma nuit
De sa grande ombre solitaire.
Je ne dois plus penser à lui :
De trois bambins je suis la mère.
Sur l'albatros il s'est enfui
Vers une nouvelle atmosphère.
François traverse encor ma nuit
Comme un rayon d'or éphémère,
Chargé de souvenirs… et puis
François s'efface dans la nuit…
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