Pas vraiment oubliés, ces poèmes épars, mais ils n’ont pas trouvés leur place ailleurs ; alors je les mets ensemble dans ce dernier tiroir au contenu hétéroclite, un peu en vrac.
Ils sont également d’âges différents, certains contemporains de nos premiers émois, d’autres tout récents.
Ce chapitre est susceptible de s'enrichir, si je retrouve d'autres
oubliés... ou si Pernette en déniche un dans le tréfonds de ses archives !
BOUTILLON
La mer couleur de menthe,
Au pas du Boutillon,
S’agite en tourbillon
Sur la digue luisante.
La houle déferlante
Frise en blanc cotillon
La mer couleur de menthe,
Au pas du Boutillon.
Sur la plaine écumante
Un soleil vermillon
Trace un rouge sillon,
Et le ciel diamante
La mer couleur de menthe.
Théodore
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(Le Boutillon 20/02/92)
LA PUCE A L’OREILLE
Chansonnette
Sonnez fifres et tambourins,
Jetez en l’air vos galurins !
Oyez oyez, grande merveille,
Nouvelle à nulle autre pareille
Qu'on n'eut pu croire encor la veille,
Madame a percé son oreille !
Sortez les boucles des écrins,
Sonnez, fifres et tambourins !
Madame a percé son oreille,
Oyez oyez, grande merveille !
Elle a longuement hésité,
Affrontant la curiosité,
Les questions de chaque invité
Autour de la tasse de thé.
Oyez oyez, grande merveille,
Madame a percé son oreille !
Sonnez, fifres et tambourins,
Jetez en l’air vos galurins !
Aux yeux de toute la province,
Sûr, elle avait peur de la pince !
Nul n’eut cru l’alibi bien mince
D’obéir au mari qui grince…
Sortez les boucles des écrins,
Sonnez, fifres et tambourins !
Madame a percé son oreille,
Oyez oyez, grande merveille !
Mais elle a su se libérer,
Son lobe est enfin perforé !
Offrons-lui pour le décorer
Ce qu’elle a toujours désiré,
Mille bijoux, mille merveilles…
Madame a percé ses oreilles !
Sonnez fifres et tambourins,
Jetez en l’air vos galurins !
Théodore
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09/06/2007
SÉANCE DE POSE
Me souriant d'un air fripon,
Charmeuse, elle pose, elle ambule,
Virevolte, avance ou recule,
Top-model en papier crêpon.
Vive et légère libellule,
En corselet noir elle ondule,
Diaphane et d'or est son jupon
Qu'elle agite d'un air fripon.
Théodore
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30/08/2006
POMPIERS
Je ne regrette pas le grand bal des pompiers
Mais j'ai le coeur serré d'y larguer mon complice!
Comme tous ces flonflons me cassent fort les pieds,
Je ne regrette pas le grand bal des pompiers!
Malgré la populace et nos gestes épiés,
J'aurais croisé gaiement votre oeil plein de malice...
Je ne regrette pas le grand bal des pompiers
Mais j'ai le coeur serré d'y larguer mon complice...
Je vous laisserai seul porter un lourd cilice,
Au milieu des lourdauds sortis de leurs clapiers,
Noyé dans la musique et l'odeur de saucisse,
Le vin blanc, les chansons et les airs de troupiers.
Je penserai à vous au grand bal des pompiers :
A Dobert je vivrai, vous serez au supplice
De vous tirer tout seul du pire des guêpiers...
J'ai presque des remords de larguer un complice,
Mais ne regrette en rien le grand bal des pompiers !!!
Pernette
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BLEU
Bleu,
La couleur de tes yeux…
Bleue,
La mer aux vagues ourlées d'écume,
Bleus,
Les volets battus par la pluie de novembre,
Bleu,
Le bateau dansant sur le bassin du port,
Bleue,
La fleur aux pétales vaporeux,
Bleu,
Le chardon bleu des sables hérissé sur la dune,
Bleu,
Le ciel couchant drapé de rose,
Bleu,
La couleur de tes yeux !
Théodore
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DÉLIRE DE PERNETTE SUR LES RIMES EN -DIN
« A l'usage des poètes consciencieux et délicats :
Ah! Passe avec les vents, mélancolique feuille
Qui donnait ton ombre au jardin!
Le songe où maintenant mon âme se recueille
Ouvre les portes du destin.
Jean Moréas, Stances.
Déjà la pelouse embaumée
Sent les approches du matin;
Viens ‚veiller ma bien-aimée
Et cueillir les fleurs du jardin.
Alfred de Musset,
La Nuit d'Octobre.
Loin du jupon joli et du vertugadin,
J'ai maintes fois rêvé d'un merveilleux voyage,
Laissant manants, normands, traînant dans leur sillage
L'effluve du calva ou celle du bourdin.
Cornelius Debilitus Cretinus,
De Normandis illustribus, chapitre X
(Traduction aléatoire, une partie de ce remarquable manuscrit ayant
été détruit dans l'incendie de la bibliothèque de Pline l'Ancien, ami
de l'auteur, lors de l'éruption du Vésuve.)
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.
Rien n'a changé. J'ai tout revu: l'humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin...
Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.
Paul Verlaine,
Après trois ans.
Vous serez au foyer une vieille accroupie
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain,
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.
Pierre de Ronsard,
Sonnet à Hélène.
Errant dans ce bocage en triste paladin,
J'oubliai lentement le parfum du rivage,
Les rigueurs de la rime, et ce qu'est beau langage,
Seul, au milieu d'un peuple, à l'esprit si radin!
Anonyme, XVIIème.
Dans la plaine les baladins
S'éloignent au long des jardins
Devant l'huis des auberges grises
Par les villages sans églises
Guillaume Apollinaire, Alcools
L'anémone et l'ancolie
Ont poussé dans le jardin
Où dort la mélancolie
Entre l'amour et le dédain
Guillaume Apollinaire, Alcools
Pour la trentième fois j'ai lu Georges Dandin,
Rêvant bien malgré moi au relief d'un corsage,
Aux trente ans d'une amie au regard si peu sage…
Hélas, c'est déjà l'heure et m'attend la Gourdin!
Alexandra du Belalexandrin.
Le tumulte et les cris font fuir avec la lyre
L'oisive rêverie au suave délire ;
Et les rapides chars et leurs cercles d'airain
Effarouchent les vers qui se taisent soudain.
André Chénier, Elégies.
Au monotone se disputait l'anodin…
En vain sur ma route je cherchais l'aiguillage
Qui m'ouvrirait la voie (sic) d'un fol enfantillage…
J'ai rencontré la biche : elle attendait son daim !
Sosthène l'Esseulé,
Du rail à l'orée.
Avez-vous également pensé à girondin, ragondin, grenadin… ?
J'ai tellement peur de devenir ordinaire !
A vous, trop tendrement…
Pernette »
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NONNE
Je voulais offrir à ma muse
Un bouquet de lys et de roses,
Lui dire mille et mille choses,
Inventer quelque belle excuse...
En me donnant sa bouche exquise,
Tantôt brûlante comme braise
Tantôt nonne, en Sainte Thérèse,
Elle a pris mon coeur par surprise.
Roméo
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