Les tout derniers…
LE DIT DE JULIETTE
Donne-moi ta main, donne-moi ton cœur,
Notre amitié bientôt ne sera plus qu’une ombre,
Le ciel est gris, le jour est sombre,
Et j’ai peur.
Nous avons partagé chaque petit bonheur,
Egrenés un à un, je n’en sais plus le nombre,
Mais dans cet abîme où je sombre
J’en goûte encore la saveur.
Je n’ai plus devant moi qu’une morne routine,
Mon jardin piétiné, ses fleurs qu’on assassine
Et sa porte ouverte à tout vent.
Ecrasée entre l’arbre et l’écorce,
Vais-je vivre, sans toi, seule dorénavant ?
Ô mon Dieu, donne-moi la force…
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AILES LÉGÈRES
Nos lettres s’envolaient, légères,
Papillonnant de cœur à cœur,
D’un air coquin, triste ou moqueur,
Selon les humeurs passagères ;
Mais toujours tendres messagères
D’humour, de désir, de douceur,
Nos lettres s’envolaient, légères,
Papillonnant de cœur à cœur.
Avant qu’en des mains étrangères,
Livrés, mis à nu sans pudeur,
Ces écrits, souillés de rancœur,
Ne soient cause de bruits vulgaires,
Nos lettres s’envolaient, légères…
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GENOU
Que sait-elle de mon envie
De la prendre sur mes genoux…
Faudrait-il que je l’y convie,
Que sait-elle de mon envie ?
Je crois qu’elle en serait ravie,
Un peu de chaleur entre nous ;
Que sait-elle de mon envie
De la prendre sur mes genoux…
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VIRGULE
Virgule, Ô point-virgule,
Dis-moi, sors de ta bulle ;
Dis-moi ton désarroi,
Ton cœur et ton émoi…
- Je suis seule et mélancolique,
Mon petit phare s’est éteint ;
Et l’ami, devenu lointain,
Paraît songeur et nostalgique.
- En ce jour de Saint Valentin,
Rien : pas même un mot laconique ;
Qu’il était doux, le temps magique
Du billet tendre et clandestin.
- Et puis…
Virgule, Ô point-virgule,
Dis-moi, sors de ta bulle ;
Dis-moi ton désarroi,
Ton cœur et ton émoi…
- Mère, je suis la mieux servie ;
J’ai rassemblé, au fil des ans,
Une gerbe de beaux enfants ;
Et tout le monde me l’envie.
- Ils m’ont causé peu de tourments ;
Alors pourquoi, inassouvie,
Quand je les vois si pleins de vie
Suis-je triste à certains moments ?…
- Et puis…
Virgule, Ô point-virgule,
Dis-moi, sors de ta bulle ;
Dis-moi ton désarroi,
Ton cœur et ton émoi…
- Je rêvais comme font les filles,
De poésie et de beauté ,
D’ amoureuse complicité,
De caresses sous les charmilles ;
- Mais il fallut bien déchanter,
L’oiseau ne peut faire ses trilles
S’il sent autour de lui des grilles :
Il a besoin de liberté.
- Et puis…
Virgule, Ô point-virgule,
Dis-moi, sors de ta bulle ;
Dis-moi ton désarroi,
Ton cœur et ton émoi…
- Le livre et la littérature
Ont pour moi paré le réel
De l’or d’un monde intemporel,
Où la plume à l’esprit se mesure.
- Six mois j’en ai goûté le miel,
De moi, de mon rôle enfin sûre ;
Prête à reprendre l’aventure,
J’attends, frémissante, un appel.
- Et puis…
Virgule, Ô point-virgule,
Dis-moi, sors de ta bulle ;
Dis-moi ton désarroi,
Ton cœur et ton émoi…
- Au gentil docteur, en confiance,
J’apportais grands et petits maux ;
Il sait, par son art et ses mots,
Calmer l’angoisse et la souffrance.
- Plus que les meilleurs placébos
Sa voix m’apaise, et sa présence ;
Aurai-je encor sa complaisance
Pour soigner mes petits bobos…?
Virgule, Ô point-virgule,
Serrons-nous dans ta bulle ;
Et partage avec moi
Ton cœur et ton émoi.
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JOUR NUPTIAL
Voici venu le jour du grand charivari,
Votre fille, en quittant sa couche virginale,
Au bras d’un étranger devient femme légale,
Passant du joug d’un père à celui d’un mari.
Vous avez tout prévu, organisé, mûri,
Vous régnez sur la fête et brillez sans égale ;
L’unanime ovation de vos pairs, triomphale,
Apaise un peu l’émoi d’un cœur endolori.
Car le rapide envol d’une fille en partance
A pour vous, nostalgique, un parfum d’échéance
Qui vous fait souvenir de vos printemps anciens.
Entourée, encensée, hôtesse incontestée,
Oubliez vos regrets - chaque femme a les siens -
Et l’ amertume dont votre joie est teintée.
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