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Derniers émois


     Les tout derniers…

  

 

   LE  DIT  DE  JULIETTE

 

 

 

     Donne-moi ta main, donne-moi ton cœur,

Notre amitié bientôt ne sera plus qu’une ombre,

          Le ciel est gris, le jour est sombre,

               Et j’ai peur.

 

  Nous avons partagé chaque petit bonheur,

Egrenés un à un, je n’en sais plus le nombre,

        Mais dans cet abîme où je sombre

  J’en goûte encore la saveur.

 

Je n’ai plus devant moi qu’une morne routine,

Mon jardin piétiné, ses fleurs qu’on assassine

Et sa porte ouverte à tout vent.

 

Ecrasée entre l’arbre et l’écorce,

    Vais-je vivre, sans toi, seule dorénavant ?

          Ô mon Dieu, donne-moi la force…

 

 

                                               _____________

 

 

 

 

AILES LÉGÈRES

 

 

Nos lettres s’envolaient, légères,

Papillonnant de cœur à cœur,

D’un air coquin, triste ou moqueur,

Selon les humeurs passagères ;

 

Mais toujours tendres messagères

D’humour, de désir, de douceur,

Nos lettres s’envolaient, légères,

Papillonnant de cœur à cœur.

 

Avant qu’en des mains étrangères,

Livrés, mis à nu sans pudeur,

Ces écrits, souillés de rancœur,

Ne soient cause de bruits vulgaires,

 

Nos lettres s’envolaient, légères…

 

 

 

____________

 

 

 

 

 

   GENOU

 

 

                                    Que sait-elle de mon envie

                                    De la prendre sur mes genoux…

                                    Faudrait-il que je l’y convie,

                                    Que sait-elle de mon envie ?

 

                                    Je crois qu’elle en serait ravie,

                                    Un peu de chaleur entre nous ;

                                    Que sait-elle de mon envie

                                    De la prendre sur mes genoux…

 

 

 

          ____________

 

 

 

 

 

                                                VIRGULE

 

 

 

 

            Virgule, Ô point-virgule,

Dis-moi, sors de ta bulle ;

Dis-moi ton désarroi,

Ton cœur et ton émoi…

 

 

-         Je suis seule et mélancolique,

Mon petit phare s’est éteint ;

Et l’ami, devenu lointain,

Paraît songeur et nostalgique.

 

 

-         En ce jour de Saint Valentin,

Rien : pas même un mot laconique ;

Qu’il était doux, le temps magique

Du billet tendre et clandestin.

 

 

-         Et puis…

 

 

Virgule, Ô point-virgule,

Dis-moi, sors de ta bulle ;

Dis-moi ton désarroi,

Ton cœur et ton émoi…

 

 

-         Mère, je suis la mieux servie ;

J’ai rassemblé, au fil des ans,

Une gerbe de beaux enfants ;

Et tout le monde me l’envie.

 

 

-         Ils m’ont causé peu de tourments ;

Alors pourquoi, inassouvie,

Quand je les vois si pleins de vie

Suis-je triste à certains moments ?…

 

 

-         Et puis…

 

 

Virgule, Ô point-virgule,

Dis-moi, sors de ta bulle ;

Dis-moi ton désarroi,

Ton cœur et ton émoi…

 

 

-         Je rêvais comme font les filles,

De poésie et de beauté ,

D’ amoureuse complicité,

De caresses sous les charmilles ;

 

 

-         Mais il fallut bien déchanter,

L’oiseau ne peut faire ses trilles

S’il sent autour de lui des grilles :

Il a besoin de liberté.

 

 

-         Et puis…

 

 

Virgule, Ô point-virgule,

Dis-moi, sors de ta bulle ;

Dis-moi ton désarroi,

Ton cœur et ton émoi…

 

 

-         Le livre et la littérature

Ont pour moi paré le réel

De l’or d’un monde intemporel,

Où la plume à l’esprit se mesure.

 

 

-         Six mois j’en ai goûté le miel,

De moi, de mon rôle enfin sûre ;

Prête à reprendre l’aventure,

J’attends, frémissante, un appel.

 

 

-         Et puis…

 

 

Virgule, Ô point-virgule,

Dis-moi, sors de ta bulle ;

Dis-moi ton désarroi,

Ton cœur et ton émoi…

 

 

-         Au gentil docteur, en confiance,

J’apportais grands et petits maux ;

Il sait, par son art et ses mots,

Calmer l’angoisse et la souffrance.

 

 

-         Plus que les meilleurs placébos

Sa voix m’apaise, et sa présence ;

Aurai-je encor sa complaisance

Pour soigner mes petits bobos…?

 

 

Virgule, Ô point-virgule,

Serrons-nous dans ta bulle ;

Et partage avec moi

Ton cœur et ton émoi.

 

 

 

 

                                                _____________

  

 

                JOUR NUPTIAL

 

 

          Voici venu le jour du grand charivari,

          Votre fille, en quittant sa couche virginale,

          Au bras d’un étranger devient femme légale,

          Passant du joug d’un père à celui d’un mari.

 

          Vous avez tout prévu, organisé, mûri,

          Vous régnez sur la fête et brillez sans égale ;

          L’unanime ovation de vos pairs, triomphale,

          Apaise un peu l’émoi d’un cœur endolori.

 

          Car le rapide envol d’une fille en partance

          A pour vous, nostalgique, un parfum d’échéance

          Qui vous fait souvenir de vos printemps anciens.

 

          Entourée, encensée, hôtesse incontestée,

          Oubliez vos regrets -  chaque femme a les siens - 

          Et l’ amertume dont votre joie est teintée.

 

 

                                                  _____________

 

 


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P
Oui, Pernette a lu le dernier poème! Et la première réflexion qui lui vient à l'esprit est que ce cher Théodore n'a pas changé de point de vue sur le mariage... mais à aucun moment elle n'a cru qu'il pourrait en changer, alors...
Répondre
P
Ainsi, c'en est fait, vous fermez définitivement le livre de l'histoire de Théodore et de Pernette. Qu'est-ce qui me fait dire cela ? Le titre de ce chapitre "derniers émois" comme si la page était irrémédiablement tournée. Je comprends votre amertume et vos regrets après toutes ces années (les poèmes en témoignenet!) d'intense complicité. J'aurais préféré une "happy end" mais on ne choisit pas toujours. <br /> Je vous signale malgré tout que Pernette n'a pas complètement coupé les ponts avec Théodore! La pauvrette rame comme elle peut pour maintenir à (petits) flots la barque de leur histoire, mais si Théodore s'avoue vaincu, elle risque de laisser l'esquif dériver au fil de l'eau...
Répondre
T
<br /> <br /> Voyons, Pernette, c'est un mauvais procès d'intention que de me disputer sur un mot. Dernier a<br /> ici le sens de : "le plus récent, le plus frais, le plus immédiat" », avec renforcement par tout ("le tout dernier"), ou par le superlatif ("la der des der") : "les dernières<br /> nouvelles, le dernier arrivage, la dernière minute, la dernière guerre" (qui n'est jamais la dernière, hélas !) ; et non pas le sens de "l'ultime", comme dans "le dernier soubresaut, le<br /> dernier soupir, le dernier de la classe".<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Les derniers émois sont-ils les derniers ? La veine de l'humour, de l'émotion et de la<br /> complicité est-elle épuisée ? Ce serait dommage, un peu triste et signe certain de l'évanouissement de notre potentiel d'enfance... "Est jeune celui qui s'étonne et qui s'émerveille"… aussi<br /> celui qui s'émeut, qui sourit, qui désire...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />