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Le Lapin et la Grenouille

 

 

 

Dans un tout autre genre, celui  du conte exotique, voici le fruit d’une nouvelle coopération entre Pernette et Théodore..

 

Si l’on peut, du moins, nommer ainsi la façon humiliante dont un beau et noble texte, issu de l’imagination féconde de votre serviteur, a été traité. Aucune avanie ne lui aura été épargnée : lazzis, humour acide, ricanements, critiques sans fondement, commentaires insidieux… mon pauvre papier en est ressorti tout essorillé, tout palôt, tout chifonné, l’ombre de lui-même…

 

Sans aucun doute, Pernette, vexée de mes bienveillantes et anodines remarques sur son pèlerinage, aura-t-elle voulu en tirer une bien mesquine revanche. Mais elle m’a bien fait rire, et je lui pardonne, avec une grandeur d’âme que je tiens toutefois à souligner, au nom de ma rate dilatée et notre vieille amitié.

 

[A noter, pour le lecteur non averti, que ce texte est fait pour être lu à haute voix, voire déclamé, avec le ton convenable ; d’où le rythme particulier des phrases, et certaines répétitions quasi incantatoires.]

 

 

 

                                           ____________________

 

 

 

 

LE ROI  DES GRENOUILLES ET LE LAPIN BLANC

 

CONTE INDONÉSIEN

 

 

 

Ceci se passait il y a longtemps, bien longtemps, dans l'île de Java, loin, très loin d'ici, à l'autre bout du monde.

 

Le peuple des grenouilles vivait en paix, sous la protection de son roi, le puissant Ralaradjakor, que sa sagesse et sa réputation de sorcier faisaient craindre et respecter à des lieues à la ronde.

 

En ce temps-là, les lapins de l'île de Java n'étaient pas, comme nous les connaissons aujourd'hui, tout blancs avec de longues oreilles : ils avaient le pelage vert, vert comme l'herbe tendre, vert comme l'eau des mares assoupies, et de toutes petites, toutes petites oreilles, pas plus grandes que l'ongle d'un enfant nouveau-né.

 

Et les petits lapins verts de Java aimaient à gambader au clair de lune, joyeux et insouciants sous la lune blanche et ronde de Java.

 

Or, une nuit, Mandjala, le rusé petit lapin, entendit sous la lune un chant qui l'émerveilla. Charmé par cette mélodie, il s'approcha et vit dans les roseaux une jeune grenouille, la plus gracieuse qui se puisse voir, qui lançait vers le ciel ses notes cristallines.

 

Il en tomba aussitôt amoureux.

 

Il l'aborda de son air le plus doux :

 

- Bonjour, ô jeune beauté à la voix si pure! Ne t'effraie point. Je n'ai jamais eu le plaisir de te voir en ces lieux. Qui donc es-tu ?

 

- « Je suis Javarani, fille du roi des grenouilles, et je salue par mon chant la déesse de la nuit, la Lune aux blancs rayons. Et toi, qui es-tu donc, étrange animal au pelage vert, vert comme la peau de ceux de mon peuple, vert comme l'eau des mares assoupies ? »

 

- « Moi, mentit le rusé lapin, je suis Mandjala, une grenouille tout comme toi, mais je viens d'un lointain pays où les grenouilles ont le corps revêtu d'une douce fourrure et gambadent dans les clairières. Vois d'ailleurs, je peux faire des bonds tout comme toi! » Et pour prouver ses dires, il se mit à faire mille bonds autour d'elle. »

Etonnée par ses propos, et trompée par les apparences, la naïve princesse se sentit prise d'une vive sympathie pour le bel inconnu.

 

- « Viens avec moi, reprit le rusé lapin, je t'emmenerai dans des pays enchantés que tu ne connais pas, je te montrerai les merveilles du monde! Cette mare n'est pas digne de toi, n'y perds pas ta jeunesse... »

 

Séduite par ces paroles enjôleuses, et poussée par une irrésistible curiosité, Javarani n'hésita qu'un instant à le suivre, et bientôt tous deux s'éloignèrent par le sentier en bondissant de concert.

 

Mais leur fuite ne fut pas sans témoin, car là-haut, noir sur le ciel noir, planait immobile l'Oiseau de la nuit, l'Oiseau au regard perçant, celui qui voit tout, celui dont personne ne sait le nom.

 

Le lendemain, dès que les rayons du soleil naissant vinrent caresser les eaux, il y eut grande effervescence dans tout le marécage : la princesse Javarani, fille bien-aimée du puissant roi des grenouilles, avait disparu.

 

L'alarme fut donnée, et le roi Ralaradjakor, juché sur le rocher du conseil, rassembla son peuple autour de lui :

 

-« Courrez, fidèles sujets, cherchez, cherchez partout! s'écria-t-il dans une grande fureur. Fouillez, fouillez toutes les mares, les étangs, les rivières, cherchez dans les roseaux, cherchez dans les bambous, ne prenez de repos que vous n'ayiez retrouvé ma fille bien-aimée. Allez tous ! »

 

Et tout le jour passa en de vaines recherches : de princesse, point !

 

Quand vint le soir, le roi vit revenir tous ses sujets porteurs de la triste nouvelle. Accablé de tristesse, il adressa une prière à la Lune montante :

 

« Aide-moi, ô Déesse de la nuit, et mon peuple à jamais t'honorera de ses chants tous les soirs de clair de lune. »

 

C'est alors, comme en réponse à sa prière, qu'une ombre noire, noire comme la nuit, vint s'abattre sur le rocher du Conseil :

 

- « Ne te désepère plus, ô roi, dit une voix ténébreuse, je suis l'Oiseau de la nuit, celui dont personne ne sait le nom, celui qui voit tout! Je suis l'ombre qui voit dans l'ombre, et tu n'auras pas invoqué en vain la déesse de la nuit, la Lune aux blancs rayons.

 

- « Je t'écoute, Oiseau de la nuit, s'écria le roi d'une voix frémissante. »

 

- « Ta fille n'est pas perdue, elle a été enlevée par un vil étranger, par un fourbe qui l'a trompée en se faisant passer pour l'un des tiens. »

 

Dès qu'il eut révélé le lieu où était retenue prisonnière la trop naïve princesse, le messager de la lune s'éleva dans les airs et se fondit dans les ténèbres comme une ombre dans l'ombre.

 

Fou de rage contre le coupable, mais vibrant de l'espoir de retrouver sa fille, le roi lança à la poursuite du criminel ses gardes, qui l'eurent bientôt ramené chargé de lourdes chaînes.

 

La jeune Javarani, enfin délivrée, qui s'était rendue compte trop tard de son imprudence, se jeta dans les bras de son père, regrettant sa folle aventure et implorant son pardon.

 

- « A mort ! A mort ! Qu'il soit noyé ! » coassait en choeur le peuple des grenouilles, indigné de la fourberie du lapin.

 

- « Pitié ! Pitié ! » se lamentait le malheureux Mandjala.

 

- « Patience, mon peuple, dit le roi qui était juste. Ce criminel doit être puni, mais selon nos coutumes, il doit être jugé. »

 

Alors le roi Ralaradjakor revêtit ses habits d'apparat aux couleurs éclatantes et tissés de fils d'or. Il coiffa sa tiare aux sept diadèmes et prit son sceptre de pourpre et d'or en forme de feuille de nénuphar. Il monta sur le rocher du conseil et rendit sa sentence :

 

« Lapin, ton crime est grand, si grand qu'il ne mérite qu'un seul châtiment : la mort ! Cependant, ta conduite aussi indigne soit-elle a pour excuse ton admiration pour la beauté de ma fille bien-aimée.

           

Heureusement pour toi, elle m'est revenue saine et sauve, et a imploré ta grâce. Aussi ta vie sera-t-elle épargnée.

 

Mais il importe qu'une telle chose ne puisse jamais se reproduire, et qu'aucune grenouille ne puisse plus te prendre pour l'un d'entre nous. C'est sous la lune que tu commis ton crime, que ce soit par la lune que tu sois châtié.

 

Telle sera donc ta punition: que les blancs rayons de la lune blanchissent ton pelage, que tes petites oreilles s'allongent, s'allongent pour devenir longues et pointues, et tu resteras ainsi marqué pour toujours. »

 

Sur ces mots, le roi toucha le lapin de son sceptre. Aussitôt, son pelage devint blanc comme un rayon de lune, et ses oreilles s'allongèrent, s'allongèrent pour devenir longues et pointues.

 

Le lapin, libéré mais honteux de sa nouvelle apparence, s'enfuit au fond des bois, tandis que le peuple des grenouilles entonnait un chant de louanges à la Lune, déesse de la nuit.

 

Depuis ce temps-là, tous les lapins, dans l'île de Java, naissent avec le poil blanc et les oreilles longues et pointues.

 

 

  

 

______________________

 

 

 

            Et voici maintenant la version commentée…

 

 

 

LE ROI DES GRENOUILLES ET LE LAPIN BLANC

 

CONTE INDONÉSIEN

 

Ceci se passait il y a longtemps, bien longtemps, dans l'île de Java, loin, très loin d'ici, à l'autre bout du monde.

Le peuple des grenouilles vivait en paix, sous la protection de son roi, le puissant Ralaradjakor, (en consciencieuse utilisatrice de mon traitement de texte, j'ai voulu vérifier l'orthographe de cette prose délicate... je vous laisse imaginer les frémissements et divers soubressauts dont fut agité Arthur, [NDLR : pour ceux qui l’ignorent, c’est le nom de l’ordinateur…] quand il en arriva au nom de ce vénéré monarque! Mon fidèle secrétaire semble en effet peu habitué aux noms des illustres habitants de ces lointaines contrées... vous voudrez bien excusez, s'il vous plaît, une quelconque erreur dans l'orthographe de Ralaradjakor, note également valable pour Mandjala et Javarani. Avec mes remerciements pour votre indulgence et votre compréhension…) que sa sagesse et sa réputation de sorcier faisaient craindre et respecter à des lieues à la ronde.

En ce temps-là, les lapins de l'île de Java n'étaient pas, comme nous les connaissons aujourd'hui, tout blancs (et les lapins gris, alors ? et les noirs, les beiges, les marron, les bicolores, tricolores, tachetés et j'en passe ? C'est de la dicrimination, du racisme cuniculin! Je vais vous dénoncer à Harlem Desir et à Brigitte Bardot réunis ! A moins que vous ignoriez, jusqu'à ce jour, qu'il existe des lapins d'une autre couleur…) avec de longues oreilles: ils avaient le pelage vert, vert comme l'herbe tendre, vert comme l'eau des mares assoupies (image particulièrement bien choisie), et de toutes petites, toutes petites oreilles (il vaudrait mieux dire : et de petites, toutes petites oreilles), pas plus grandes que l'ongle d'un enfant nouveau-né. (J'aime les comparaisons fortes, parlantes et émouvantes comme celle-ci… Qui d'entre nous, en effet, ne s'est jamais émerveillé devant la petitesse, et cependant la perfection, des ongles d'un petit, tout petit bébé ? A cette seule évocation, mes entrailles de mère frémissent… Je me permets simplement une petite, toute petite objection sur la proportion de la comparaison choisie. L'ongle d'un enfant nouveau-né, c'est grosso modo la taille de l'oreille d'une chauve-souris. Posée sur la tête d'un lapin, même s'il n'est pas obèse, ça risque de faire vraiment petit, voire invisible, voire ridicule.)

Et les petits lapins verts de Java aimaient à gambader au clair de lune, (et d'une) joyeux et insouciants sous la lune (et de deux) blanche et ronde de Java.

Or, une nuit, Mandjala, le rusé petit lapin, entendit sous la lune (et de trois…) un chant qui l'émerveilla. Charmé par cette mélodie, il s'approcha et vit dans les roseaux une jeune grenouille, la plus gracieuse qui se puisse voir, qui lançait vers le ciel ses notes cristallines: il en tomba aussitôt amoureux. (Amoureux de la grenouille ou des notes cristallines ? Après tout, peu importe. Ce qui me préoccupe surtout, ce sont ces fameuses "notes cristallines", ainsi que cette "voix si pure" ! Peut-être n'avez-vous jamais rencontré de lapins gris ou beiges, mais sans doute n'avez-vous jamais entendu chanter une grenouille ! Le coassement n'a jamais eu la réputation d'être particulièrement mélodieux, au contraire! Mais peut-être êtes-vous de ces gens bizarres - dont je fais également partie - pour qui le chant des batraciens évoquent des souvenirs précis ("Allongez-vous sur ce divan, madame, et racontez-moi tout…") et qui l'apprécient donc pour une raison autre que musicale. Et puisque j'en suis au chapitre de la musique, je vous fais remarquer que ce n'est pas la peine, Monsieur, de chipoter sur le moindre hiatus quand vous taquinez la Muse (allusion à double sens!) si c'est pour ne s'en point soucier quand il s'agit de prose! J'ai réécouté trois fois la cassette : vous prononcez: "Il en tomba-t-aussitôt amoureux." !)

Il l'aborda de son air le plus doux:

- Bonjour, ô jeune Beauté à la voix si pure! Ne t'effraie point. Je n'ai jamais eu le plaisir de te voir en ces lieux. Qui donc es-tu ?

- Je suis Javarani, fille du roi des grenouilles, et je salue par mon chant la déesse de la nuit, la Lune aux blancs rayons. (Pour une jeune Beauté à la voix si pure, vous auriez pu prendre un ton plus léger, plus guilleret, bref! moins solennel et empesé, même s'il s'agit de la fille d'un roi) Et toi, qui es-tu donc, étrange animal au pelage vert, vert comme la peau de ceux de mon peuple, vert comme l'eau des mares assoupies ? (L'image n'a rien perdu de son charme par rapport à la première évocation, mais comme vous n'avez pas repris la première comparaison (l'herbe tendre), il me semble préférable de changer également la seconde. Je m'explique : soit il fallait répéter intégralement "vert comme l'herbe tendre, vert comme l'eau des mares assoupies", soit il fallait changer les deux comparaisons: "vert comme la peau de ceux de mon peuple, vert comme la robe du lézard qui sommeille entre les roches…" Si vous préférez la feuille de canne à sucre ou les yeux du tigre de la jungle, je n'y voit pas d'inconvénient majeur…)

- Moi, mentit le rusé lapin, je suis Mandjala, une grenouille tout comme toi, mais je viens d'un lointain pays où les grenouilles ont le corps revêtu d'une douce fourrure et gambadent dans les clairières. Vois d'ailleurs, je peux faire des bonds tout comme toi ! » Et pour prouver ses dires, il se mit à faire mille bonds autour d'elle.

Etonnée par ses propos, et trompée par les apparences, la naïve princesse se sentit prise d'une vive sympathie pour le bel inconnu. (Toutes les mêmes…)

- « Viens avec moi, reprit le rusé lapin, je t'emmenerai dans des pays enchantés que tu ne connais pas, je te montrerai les merveilles du monde! Cette mare n'est pas digne de toi, n'y perds pas ta jeunesse...» (Lapins indonésiens et séducteurs européens ont étrangement le même langage !)

Séduite par ces paroles enjôleuses, et poussée par une irrésistible curiosité, (Je reconnais bien là votre acuité à percevoir non seulement le caractère mais aussi les défauts attribués essentiellement aux représentantes du beau sexe ! là encore, de la grenouille javanaise à la citoyenne du 20ème siècle, les différences ne s'imposent pas !) Javarani n'hésita qu'un instant à le suivre, et bientôt tous deux s'éloignèrent par le sentier en bondissant de concert.

Mais leur fuite ne fut pas sans témoin, (pas terrible, comme phrase d'introduction) car là-haut, noir sur le ciel noir, ("Noir c'est noir ! Il n'y a plus d'espoir..." J'adore les chansons de Johnny Hallydays : c'est profond et inspiré !) planait immobile l'Oiseau de la nuit, l'Oiseau au regard perçant, celui qui voit tout, celui dont personne ne sait le nom. (Ce paragraphe est nécessaire, il fallait effectivement faire mention de la présence du volatile, mais cette évocation, malgré moult adjectifs, participes et subordonées relatives, manque un peu de consistance, et semble même bancale au fil du texte. J'ai pris la liberté de mettre une majuscule à Oiseau, d'une part pour donner un peu de corps à la bête, et d'autre part pour accentuer l'effet de mystère qui plane autour de lui. Bref! comme l'ensemble de la phrase ne m'emballe pas, je vous propose donc : "Jeunes écervelés, ils croyaient s'échapper à l'abri de tout regard, mais l'Oiseau fut témoin de leur fuite. En effet, noir sur le ciel noir, planait immobile l'Oiseau de la nuit, celui dont l'oeil perçant voit tout, mais dont personne ne connaît le nom.")

Le lendemain, dès que les rayons du soleil naissant vinrent caresser les eaux, il y eut grande effervescence dans tout le marécage: la princesse Javarani, fille bien-aimée du puissant roi des grenouilles, avait disparu.

L'alarme fut donnée, et le roi Ralaradjakor, juché sur le rocher du conseil, rassembla son peuple autour de lui :

-« Courrez, fidèles sujets, cherchez, cherchez partout! s'écria-t-il dans une grande fureur. Fouillez, fouillez toutes les mares, les étangs, les rivières, cherchez dans les roseaux, cherchez dans les bambous, ne prenez de repos que vous n'ayiez retrouvé ma fille bien-aimée. Allez tous ! » (Très très bien! Si, si, sincèrement, ce paragraphe est sûrement le meilleur de tout le conte, je n'y trouve rien à redire. De prime abord, j'avais pensé remplacer le 3ème et le 4ème "cherchez" (eh oui, il revient 4 fois en 4 lignes et demie) par un autre verbe. Mais je me suis ravisée: l'ensemble ne souffre pas de la répétition, au contraire, cela accentue le rythme et l'accent pressant de la demande du roi. Je note par ailleurs que dans le rôle du père angoissé, vous êtes très bien : la phrase est très bien lue, le ton excellent ! Si, si, vraiment…)

Et tout le jour passa en de vaines recherches: de princesse, point !

Quand vint le soir, le roi vit revenir tous ses sujets porteurs de la triste nouvelle. Accablé de tristesse, (de douleur, peut-être ? La nouvelle était déja triste) il adressa une prière à la Lune montante :

- « Aide-moi, ô Déesse de la nuit, et mon peuple à jamais t'honorera de ses chants tous les soirs de clair de lune. » (Je ne voudrais pas avoir l'air désagréable, mais quand le lapin a été attiré par la grenouille, elle était déja entrain de chanter…)

C'est alors, comme en réponse à sa prière, qu'une ombre noire, noire comme la nuit, ("Noir c'est noir…") vint s'abattre sur le rocher du conseil :

- « Ne te désespère plus, ô roi, dit une voix ténébreuse, je suis l'Oiseau de la nuit, celui dont personne ne sait le nom, celui qui voit tout ! Je suis l'ombre qui voit dans l'ombre, et tu n'auras pas invoqué en vain la déesse de la nuit, la Lune aux blancs rayons.

- « Je t'écoute, Oiseau de la nuit, s'écria le roi d'une voix frémissante. »

- « Ta fille n'est pas perdue, elle a été enlevée par un vil étranger, par un fourbe qui l'a trompée en se faisant passer pour l'un des tiens. »

Dès qu'il eut révélé le lieu où était retenue prisonnière la trop naïve princesse, (Ah bon ? Parce qu'elle est prisonnière ? Moi qui croyait qu'elle vivait une idylle torride sous les cocotiers de l'océan indien… Si la promesse d'un pays enchanté s'est transformée en un bagne sordide, il serait bon de le préciser, après " bondissant de concert." par un petit paragraphe du genre: "Mais la pauvre Javarani déchanta rapidement, et sa voix si pure se brisa définitivement lorsqu'elle prit conscience du piège dans lequel elle était tombée. Le lapin vert, en effet, ne lui avait fait miroiter les merveilles du monde que pour l'attirer au fond du terrier le plus lugubre qui soit !! Là, non seulement il lui intima l'ordre de faire la vaisselle et de raccommoder ses oripeaux, mais encore il lui interdit de poursuivre ses vocalises, lui imposant même, ultime outrage, d'écouter les chansons de Vanessa Paradis pendant qu'elle frottait les assiettes ! La pauvre grenouille pleurait à chaudes larmes, regrettant amèrement sa mare et ses roseaux! Mais il était trop tard: le paradis se résumait à une chanteuse de troisième catégorie, dont la voix fluette n'avait rien de comparable avec l'admirable coassement de la grenouille...) le messager de la lune s'éleva dans les airs et se fondit dans les ténèbres comme une ombre dans l'ombre. (Je note en 18 lignes (les vôtres, sans compter les miennes!) 5 fois le mot "nuit", 4 fois "lune", 5 "ombre", 2 "ténèbres" : ceux qui n'auront pas compris que l'action ne se déroule pas en plein jour ont drôlement interêt à se faire réviser les méninges !)

Fou de rage contre le coupable, mais vibrant de l'espoir de retrouver sa fille, le roi lança à la poursuite du criminel (Le mot n'est-il pas un peu fort ?) ses gardes, qui l'eurent bientôt ramené chargé de lourdes chaînes.

La jeune Javarani, enfin délivrée, (Faut pas exagérer: si je compte bien, elle est restée prisonnière une demi-nuit et une journée…) qui s'était rendue compte trop tard de son imprudence, se jeta dans les bras de son père, regrettant sa folle aventure et implorant son pardon.

- « A mort ! A mort ! Qu'il soit noyé ! » coassait en choeur le peuple des grenouilles, indigné de la fourberie du lapin.

- « Pitié! Pitié! » se lamentait le malheureux Mandjala.

- « Patience, mon peuple, dit le roi qui était juste. Ce criminel doit être puni, mais selon nos coutumes, il doit être jugé. »

Alors le roi Ralaradjakor revêtit ses habits d'apparat aux couleurs éclatantes et tissés de fils d'or. Il coiffa sa tiare aux sept diadèmes (C'est pas un peu lourd ?) et prit son sceptre de pourpre et d'or en forme de feuille de nénuphar ( Faudra me montrer, le sceptre en forme de nénuphar, car connaissant la longueur d'une tige et le format d'une feuille de nénuphar d'une part, et la taille d'une grenouille d'autre part - évidemment, celle-ci est royale, et javanaise de surcroît, ce qui explique peut-être bien des choses... - j'ai du mal à imaginer le tableau ; sans oublier la tiare…). (Ainsi paré, ) il monta sur le rocher du conseil et rendit sa sentence :

« Lapin, ton crime est grand, si grand qu'il ne mérite qu'un seul châtiment : la mort ! (Hé ben! S'il fallait zigouiller tous les beaux parleurs qui emmènent un soir de bal ou de concert - et sans demander la permission des parents, bien sûr, c'est trop ringard! - une jolie nana derrière leur mobylette pour finir la nuit à deux plutôt qu'en solitaire, on serait certain de faire rapidement baisser la courbe du chômage : d'une part les demandeurs d'emploi deviendraient vite nettement moins nombreux, d'autre part il faudrait embaucher un sacré grand nombre de bourreaux !!!) Cependant, ta conduite, aussi indigne soit-elle, a pour excuse ton admiration pour la beauté de ma fille bien-aimée . (Enfin un peu de romantisme ! )

Heureusement pour toi, elle m'est revenue saine et sauve, et a imploré ta grâce. (Elle a diablement aimé ça, avouez-le tout de suite! ) Aussi ta vie sera-t-elle épargnée.

Mais il importe qu'une telle chose ne puisse jamais se reproduire, et qu'aucune grenouille ne puisse plus te prendre pour l'un d'entre nous. C'est sous la lune que tu commis ton crime, que ce soit par la lune que tu sois châtié.

Telle sera donc ta punition: que les blancs rayons de la lune blanchissent ton pelage, (heureusement, Ariel lave plus blanc que blanc ! ) que tes petites oreilles s'allongent, s'allongent pour devenir longues et pointues, et tu resteras ainsi marqué pour toujours.» (dans les siècles des siècles, amen ! )

Sur ces mots, le roi toucha le lapin de son sceptre. Aussitôt, son pelage devint blanc comme un rayon de lune, et ses oreilles s'allongèrent, s'allongèrent pour devenir longues et pointues.

Le lapin, libéré mais honteux de sa nouvelle apparence, s'enfuit au fond des bois, tandis que le peuple des grenouilles entonnait un chant de louanges à la Lune, déesse de la nuit.

 

Depuis ce temps-là, tous les lapins, dans l'île de Java, naissent avec le poil blanc et les oreilles longues et pointues. (Et moi je peux vous dire en confidence qu'en Europe, et plus précisement en France, voire même en Normandie, les lapins ont également de longues oreilles ! )

 

 

  

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[NDLR : Merci, Pernette, de ton humour et de ton sourire…]

 

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