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Rêve et fantaisie



          UNE CONFÉRENCE DU PROFESSEUR SIGMUND VON BANVILLE

 

                                          ( Titulaire de la Chaire d’Onirologie )

 

 

 

A propos d’un rêve… 

 

 

 

[NDLR : Quel dommage, je n’ai pas retrouvé – ou je n’ai jamais eu en ma possession – le texte initial par lequel cette si intéressante patiente me faisait part de son rêve récurrent et obsessionnel. En substance : « Je me retrouve toute nue, enceinte, dans un espace public, sous la pluie, et devant moi, hostiles, se trouvent une balance menaçante et un Docteur vêtu d’un imperméable… ». Comprenne qui pourra... d’autant qu’on ne discerne aucun lien avec une quelconque réalité !… Rêve fascinant pour qui aime interprêter, lourd sans aucun doute de significations cachées…]

 

 

 

 

 

                                                        HANTISE

 

 

 

       Vous rêviez donc, Madame, et vos rêves enfuis

       M'ont révélé votre âme et vos troubles intimes...

       Doctement recherchons de quels profonds abîmes

       Remontent les freudiens fantasmes de vos nuits.

 

 

       Vous êtes nue, ou presque, au milieu d'une place,

       Offerte sans défense aux regards des badauds

       Sous la pluie, en chemise, et transi(e) jusqu'aux os,

       Des pieds aux bouts des seins tout votre corps se glace.

 

 

       Car devant vous, hideux suppôt du médecin,

       Se dresse, malveillante, haineuse, la Balance,

       De votre désespoir ricanant à l'avance,

       Diabolique instrument né d'un esprit malsain.

 

 

       Le Docteur, bien au chaud sous son imperméable,

       Restant indifférent à votre désarroi,

       Vous couvre méchamment d'un oeil sévère et froid

       Qui vous fait laide et grosse, indigne et misérable.

 

 

                                                       __________

 

 

 

                        Interprétons : Nous avons essayé, Messieurs-Dames, de traduire en langage cohérent les propos décousus de cette patiente. De l'analyse du shème de ce rêve, nous pouvons tirer quelques éléments essentiels, que dans une première approche nous limiterons à quatre, et que nous allons étudier successivement. Ces éléments sont : la nudité, la balance, la pluie et le Docteur.

 

                        La nudité : Un esprit superficiel pourrait y voir l'expression d'une pudeur blessée, la honte de son propre corps, car, ne l'oublions pas, cette patiente est enceinte.

 

                        Mais ce serait un leurre. Ne tombons pas dans le piège d'interprétations aussi simplistes que populaires. Il s'agit là, tout au contraire, d'un désir refoulé d'affirmation de soi, une provocation délibérée, l'exhibition arrogante d'une féminité agressive. C'est un défi, c'est un cri !

 

                        En faisant saillir sous la chemise mouillée des rondeurs multiples et sans équivoques, devant les badauds médusés, cette femme, ne nous y trompons pas, brandit en fait l'étendard de la révolte féministe contre la société et l'oppression masculine.

 

                        C'est ici qu'intervient la balance, qui, avec sa colonne dressée, est de toute évidence un symbole phallique. Ceci explique clairement l'attitude d'une femme, tout à la fois fascinée et horrifiée par cet instrument, qu'elle redoute sans pouvoir s'en passer.

 

                        Et par ailleurs, nous savons tous que le phallus, dans sa symbolique conceptuelle, est tout imprégné d'une signifiance bipolaire : tout d'abord, symbole de la virilité, du désir sexuel, de la pulsion de jouissance, mais aussi symbole de fécondité, et nous voyons là toute l'ambiguïté de ce rapport à la balance.

 

                        Notre patiente affiche une terreur apparente de la balance, et par là du sexe masculin, mais nous savons tous que cette crainte simulée est en fait l'expression d'un désir puissant et refoulé. Cette femme lutte contre un désir sexuel obsessionnel, il est donc clair que c'est une nymphomane.

 

                        Quant à l'image fécondante et maternisante de la balance, qui aurait pu tempérer cette frénésie de jouissance, elle ne peut jouer présentement chez une femme gestante et assouvie.

 

                        Et vous voyez, Messieurs-Dames, que dans le tableau qui commence à se dessiner, le troisième théme, celui de la pluie, prend tout naturellement sa place.

 

                        Chacun sait en effet, depuis des millénaires, par l'enseignement de notre Maître Lao-Tseu (570 - 490 av. JC) que l'eau et la pluie sont des principes femelles ; c'est le Yin de la sagesse taoïste.

 

                        Et que voyons-nous ici ? la pluie tombe et recouvre la scène, elle tente donc d'étouffer le principe Yang de la balance, comme l'eau ‚teint le feu, principe Yang par excellence. Voilà qui est caractéristique d'une obsession de domination sur le principe mâle, à la fois redouté et désiré craint et méprisé.

 

                        Cette femme veut donc assouvir ses instincts sexuels dans l'asservissement du mâle, nous sommes en plein dans la perversité d'une personnalité dominatrice.

 

                        Cependant, dans le déchaînemenr de ces passions, apparaît le personnage du Docteur. Le docteur est un des éléments les plus mystérieux de ce psychodrame, qui défie notre analyse. et nous renvoie à des questions d'une lourde complexité.

 

                        Car, que porte t-il précisément, le Docteur ? un im-per-mé-able! donc une protection contre le Yin dominateur de la patiente, et l'on pressent chez elle une profonde frustration : son Yin reste sans effet sur le Docteur!

 

                        Et d'abord, qui est le Docteur ? que fait-il là, entre le Femme et la Balance ? s'agit-il d'un personnage fantasmatique, expression de pulsions troubles et secrètes, encore mal élucidées, chez notre patiente ? ou d'un personnage réel transposé symboliquement dans ses rêves ?

 

                        Seule une étude poussée nous permettra peut-être d'en savoir plus, et fera, nous l'espèrons tous, l'objet de notre prochaine conférence.

 

 

                                     _____________________

 

 

 

     Post-Scriptum de l’auteur, sur le parchemin original :

 

 

                        « …                      Je pose le calame,

                                    Ravi d'avoir pris part à vos émois nocturnes,

                                Et vous quitte en baisant le bout de vos cothurnes.

                                                A vous lire, Madame.

 

 

 

Note : ligne 7 : alors là, rien à faire, je n'arrive pas à me débarrasser de l’ e  muet, et je compte sur toi,  connaissant ton intimité avec Théodore de Banville, pour me donner la solution…

 

PS : après relecture, tout ceci me semble un peu confus... tant pis, je laisse en l'état, en livrant le tout à tes commentaires subtils…                     … » 

 

 

            [NDLR : S’il y eut des commentaires, ils ne sont pas parvenus jusqu’à nous, ce qui est regrettable.]

 

 

 

                                     _____________________

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note : ligne 7 : alors l…, rien … faire, je n'arrive pas … me d‚barrasser du e muet, et je compte sur toi, connaissant ton intimit‚ avec Th‚odore de Banville, pour me donner la solution...

 

Ravi de prendre part … vos ‚mois nocturnes....

 

 

 

 

                   HANTISE

 

 

Vous rˆviez donc, Madame, et vos rˆves enfuis

M'ont r‚v‚l‚ votre ƒme et vos troubles intimes...

Doctement recherchons de quels profonds abŒmes

Remontent les freudiens fantasmes de vos nuits.

 

 

Vous ˆtes nue, ou presque, au milieu d'une place,

Offerte sans d‚fense aux regards des badauds

Sous la pluie, en chemise, et transi(e) jusqu'aux os,

Des pieds aux bouts des seins tout votre corps se glace.

 

 

Car devant vous, hideux supp“t du m‚decin,

Se dresse, malveillante, haineuse, la Balance,

De votre d‚sespoir ricanant … l'avance,

Diabolique instrument n‚ d'un esprit malsain.

 

 

Le Docteur, bien au chaud sous son imperm‚able,

Restant indiff‚rent … votre d‚sarroi,

Vous couvre m‚chamment d'un oeil s‚vŠre et froid

Qui vous fait laide et grosse, indigne et mis‚rable.

 

                  __________

 

 

            InterprŠtons : Nous avons essay‚, Messieurs-Dames, de traduire en langage coh‚rent les propos d‚cousus de cette patiente. De l'analyse du shŠme de ce rˆve, nous pouvons tirer quelques ‚l‚ments essentiels, que dans une premiŠre approche nous limiterons … quatre, et que nous allons ‚tudier successivement. Ces ‚l‚ments sont : la nudit‚, la balance, la pluie et le Docteur.

 

            La nudit‚ : Un esprit superficiel pourrait y voir l'expression d'une pudeur bless‚e, la honte de son propre corps, car, ne l'oublions pas, cette patiente est enceinte.

            Mais ce serait un leurre. Ne tombons pas dans le piŠge d'interpr‚tations aussi simplistes que populaires. Il s'agit l…, tout au contraire, d'un d‚sir refoul‚ d'affirmation de soi, une provocation d‚lib‚r‚e, l'exhibition arrogante d'une f‚minit‚ agressive. C'est un d‚fi, c'est un cri!

            En faisant saillir sous la chemise mouill‚e des rondeurs multiples et sans ‚quivoques, devant les badauds m‚dus‚s, cette femme, ne nous y trompons pas, brandit en fait l'‚tendard de la r‚volte f‚ministe contre la soci‚t‚ et l'oppression masculine.

 

 

            C'est ici qu'intervient la balance, qui, avec sa colonne dress‚e, est de toute ‚vidence un symbole phallique. Ceci explique clairement l'attitude d'une femme, tout … la fois fascin‚e et horrifi‚e par cet instrument, qu'elle redoute sans pouvoir s'en passer.

            Et par ailleurs, nous savons tous que le phallus, dans sa symbolique conceptuelle, est tout impr‚gn‚ d'une signifiance bipolaire : tout d'abord, symbole de la virilit‚, du d‚sir sexuel, de la pulsion de jouissance, mais aussi symbole de f‚condit‚, et nous voyons l… toute l'ambiguit‚ de ce rapport … la balance.

            Notre patiente affiche une terreur apparente de la balance, et par l… du sexe masculin, mais nous savons tous que cette crainte simul‚e est en fait l'expression d'un d‚sir puissant et refoul‚. Cette femme lutte contre un désir sexuel obsessionnel, il est donc clair que c'est une nymphomane.

            Quant … l'image f‚condante et maternisante de la balance, qui aurait pu temp‚rer cette fr‚n‚sie de jouissance, elle ne peut jouer pr‚sentement chez une femme gestante et assouvie.

 

            Et vous voyez, Messieurs-Dames, que dans le tableau qui commence … se dessiner, le troisiŠme thŠme, celui de la pluie, prend tout naturellement sa place.

            Chacun sait en effet, depuis des mill‚naires, par l'enseignement de notre MaŒtre Lao-Tseu (570 - 490 av. JC) que l'eau et la pluie sont des principes femelles; c'est le Yin de la sagesse tao‹ste.

            Et que voyons-nous ici ? la pluie tombe et recouvre la scŠne, elle tente donc d'‚touffer le principe Yang de la balance, comme l'eau ‚teint le feu, principe Yang par excellence. Voil… qui est caract‚ristique d'une obsession de domination sur le principe mƒle, … la fois redout‚ et d‚sir‚ craint et m‚pris‚.

            Cette femme veut donc assouvir ses instincts sexuels dans l'asservissement du mƒle, nous sommes en plein dans la perversit‚ d'une personnalit‚ dominatrice.

 

 

            Cependant, dans le d‚chaŒnemenr de ces passions, apparaŒt le personnage du Docteur. Le docteur est un des ‚l‚ments les plus myst‚rieux de ce psychodrame, qui d‚fie notre analyse. et nous renvoie … des questions d'une lourde complexit‚.

            Car, que porte t-il pr‚cis‚ment, le Docteur ? un im-per-m‚-able! donc une protection contre le Yin dominateur de la patiente, et l'on pressent chez elle une profonde frustration : son Yin reste sans effet sur le Docteur!

            Et d'abord, qui est le Docteur ? que fait-il l…, entre le Femme et la Balance ? s'agit-il d'une projection fantasmatique, expression de pulsions troubles et secrŠtes, encore mal ‚lucid‚es, chez notre patiente ? ou d'un personnage r‚el transpos‚ symboliquement dans ses rˆves ?

            Seule une ‚tude pouss‚e nous permettra peut-ˆtre d'en savoir plus, et fera, nous l'esp‚rons tous, l'objet de notre prochaine conf‚rence.

 

 

 

                  _________________

 

 

 

                  Je pose le calame,

            Ravi d'avoir pris part à vos ‚mois nocturnes,

            Et vous quitte en baisant le bout de vos cothurnes.

                  A vous lire, Madame.

 

 

 

Note : ligne 7 : alors l…, rien … faire, je n'arrive pas … me d‚barrasser du e muet, et je compte sur toi, connaissant ton intimit‚ avec Th‚odore de Banville, pour me donner la solution...

 

PS : aprŠs relecture, tout ceci me semble un peu confus... tant pis, je laisse en l'‚tat, en livrant le tout … tes commentaires subtils...

 

 

 

  HANTISE

 

 

Vous rêviez donc, Madame, et vos rêves enfuis

M'ont révélé votre âme et vos troubles intimes...

Doctement recherchons de quels profonds abîmes

Remontent les freudiens fantasmes de vos nuits.

 

 

Vous êtes nue, ou presque, au milieu d'une place,

Offerte sans défense aux regards des badauds

Sous la pluie, en chemise, et transi(e) jusqu'aux os,

Des pieds aux bouts des seins tout votre corps se glace.

 

 

Car devant vous, hideux suppôt du médecin,

Se dresse, malveillante, haineuse, la Balance,

De votre désespoir ricanant à l'avance,

Diabolique instrument né d'un esprit malsain.

 

 

Le Docteur, bien au chaud sous son imperméable,

Restant indifférent à votre désarroi,

Vous couvre méchamment d'un oeil sévère et froid

Qui vous fait laide et grosse, indigne et misérable.

 

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            Interprétons : Nous avons essayé, Messieurs Dames, de traduire en langage cohérent les propos décousus de cette patiente. De l'analyse du shème de ce rêve, nous pouvons tirer quelques éléments essentiels, que dans une première approche nous limiterons à quatre, et que nous allons étudier successivement. Ces éléments sont : la nudité, la balance, la pluie et le Docteur.

 

            La nudité : Un esprit superficiel pourrait y voir l'expression d'une pudeur blessée, la honte de son propre corps, car, ne l'oublions pas, cette patiente est enceinte.

            Mais ce serait un leurre. Ne tombons pas dans le piège d'interprétations aussi simplistes que populaires. Il s'agit là, tout au contraire, d'un désir refoulé d'affirmation de soi, une provocation délibérée, l'exhibition arrogante d'une féminité agressive. C'est un défi, c'est un cri!

            En faisant saillir sous la chemise mouillée des rondeurs multiples et sans équivoques, devant les badauds médusés, cette femme, ne nous y trompons pas, brandit en fait l'étendard de la révolte féministe contre la société et l'oppression masculine.

 

 

            C'est ici qu'intervient la balance, qui, avec sa colonne dressée, est de toute évidence un symbole phallique. Ceci explique clairement l'attitude d'une femme, tout à la fois fascinée et horrifiée par cet instrument, qu'elle redoute sans pouvoir s'en passer.

            Et par ailleurs, nous savons tous que le phallus, dans sa symbolique conceptuelle, est tout imprégné d'une signifiance bipolaire : tout d'abord, symbole de la virilité, du désir sexuel, de la pulsion de jouissance, mais aussi symbole de fécondité, et nous voyons là toute l'ambiguité de ce rapport à la balance.

            Notre patiente affiche une terreur apparente de la balance, et par là du sexe masculin, mais nous savons tous que cette crainte simulée est en fait l'expression d'un désir puissant et refoulé. Cette femme lutte contre un désir sexuel obsessionnel, il est donc clair que c'est une nymphomane.

            Quant à l'image fécondante et maternisante de la balance, qui aurait pu tempérer cette frénésie de jouissance, elle ne peut jouer présentement chez une femme gestante et assouvie.

 

            Et vous voyez, Messieurs Dames, que dans le tableau qui commence à se dessiner, le troisième thème, celui de la pluie, prend tout naturellement sa place.

            Chacun sait en effet, depuis des millénaires, par l'enseignement de notre Maître Lao-Tseu (570 - 490 av. JC) que l'eau et la pluie sont des principes femelles; c'est le Yin de la sagesse taoïste.

            Et que voyons-nous ici ? la pluie tombe et recouvre la scène, elle tente donc d'étouffer le principe Yang de la balance, comme l'eau éteint le feu, principe Yang par excellence. Voilà qui est caractéristique d'une obsession de domination sur le principe mâle, à la fois redoutéet désiré craint et méprisé.

            Cette femme veut donc assouvir ses instincts sexuels dans l'asservissement du mâle, nous sommes en plein dans la perversité d'une personnalité dominatrice.

 

 

            Cependant, dans le déchaînemenr de ces passions, apparaît le personnage du Docteur. Le docteur est un des éléments les plus mystérieux de ce psychodrame, qui défie notre analyse. et nous renvoie à des questions d'une lourde complexité.

            Car, que porte t-il précisément, le Docteur ? un im-per-mé-able! donc une protection contre le Yin dominateur de la patiente, et l'on pressent chez elle une profonde frustration : son Yin reste sans effet sur le Docteur!

            Et d'abord, qui est le Docteur ? que fait-il là, entre le Femme et la Balance ? s'agit-il d'une projection fantasmatique, expression de pulsions troubles et secrètes, encore mal élucidées, chez notre patiente ? ou d'un personnage réel transposé symboliquement dans ses rêves ?

            Seule une étude poussée nous permettra peut-être d'en savoir plus, et fera, nous l'espèrons tous, l'objet de notre prochaine conférence.

 

 

                  _____________________

 

 

 

Note : ligne 7 : alors là, rien à faire, je n'arrive pas à me débarrasser du e muet, et je compte sur toi, connaissant ton intimité avec Théodore de Banville, pour me donner la solution...

 

Je pose le calame,

Ravi de prendre part à vos émois nocturnes....

Je vous quitte en baisant le bout de vos cothurnes.

A vous lire, Madame.

 

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